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1996-2017 © Patrick Pollefeys

Italie

On recense en Italie seize peintures murales de la rencontre des trois vifs et des trois morts. Celles-ci montrent une grande diversité et plusieurs détails très originaux (présence d'un ermite, cadavres à divers stades de décomposition et vivants représentés à des âges différents). Il faut aussi souligner que les cadavres sont couchés dans des cercueils et disposés pour le repos éternel. Ce qui est une représentation plutôt réaliste. L'Italie dispute à la France le titre de la plus vieille peinture murale sur ce thème.

Seulement trois manuscrits existent en Italie, deux sont en latin et un en italien. Le plus vieux, le Cum apertam sepulturam(Comme la tombe est ouverte), date du 14e siècle. Dans cette œuvre, trois hommes contemplent un seul mort gisant parmi des ossements. Il n'y a pas de dialogue, car seuls les vivants s'adressent à l'unique cadavre. Le second poème latin est une copie modifiée du premier où un prêtre ou un ermite s'adresse aux vivants. Dans l'unique poème italien, les vivants sont des rois et les morts aussi. Cette particularité se retrouve surtout dans les œuvres allemandes ou scandinaves. Aucune illustration n'accompagne ces œuvres littéraires. Contrairement à ce recueil de laudes1 de la première moitié du 14e siècle. Si l'on retrouve des particularités italiennes comme la présence d'un ermite et des corps à divers degrés de décomposition, il est surprenant de noter que les trois vivants sont couronnés. L'illustration du manuscrit accompagnait le chant Chi vuol lo mondo disprezare qui n'a rien à voir avec Le dit des trois vifs et des trois morts. On y chante plutôt la force, l'impartialité et la sournoiserie de la Mort et il se termine avec une recommandation à Dieu des âmes qui trépassent...

Vers 1270
fresque MelfiÀ Melfi dans l'église rupstre de Santa Margherita se retrouve dans l'une des quatre chapelles une représentation de la rencontre des trois vifs et des trois morts qui est considérée comme la plus ancienne d'Italie. Certains avancent même qu'il s'agit de la première peinture murale qui abordant ce thème à travers toute l'Europe. Une thèse contreversée car d'autres sources voient une origine française avec les œuvres présentes au Mont St-Michel et à Avignon. Une chose est certaine, il s'agit d'un modèle en apparence primitif. Il n'y a pas de décor qui accompagne les personnages (pas de chevaux, de chiens, de tombes, de calvaire ou d'ermite). Les vivants sont richement habillés et montrent une attitude passablement stoïque. On remarque aussi qu'ils sont présentés à trois âges bien différents. Le premier, le plus agé, porte un faucon et tend sa main vers les morts. Le second personnage dans un geste protecteur pose ses mains sur le troisième qui semble le plus jeune du trio. On ne compte maintenant que deux morts, il est fort possible que le troisième ait disparu suite à la dégradation du crépis. Les squelettes ont une attitude statique, ils ne possèdent aucune arme et ne sont pas recouverts par un linceul. Un documentaire (en italien) sur cette église est disponible sur le site de YouTube.

Entre 1275-1300
fresque AtriDans les Abruzzes, on retrouve à la cathédrale d'Atri une rencontre des trois vifs et des trois morts peintes sur deux murs de façon perpendiculaire. Le côté gauche avec les morts est malheureurement moins bien conservé que celui avec les vivants. On y voit encore deux squelettes debout et un petit fragment de jambe d'un troisième couché dans un tombeau. La scène avec les vivants est beaucoup plus complète. Les chevaliers sont descendus de leurs montures et ils expriment leur étonnement par des gestes dramatiques. Derrière les trois vivants, on retrouve trois écuyers et trois chevaux. Un personnage fantomatique (l'ermite?) apparaît entre les deux premiers vifs et une inscripton se trouve au-dessus du groupe. Les photos d'Atri proviennent de Didier Jugan. Tous droits réservés à ce dernier.

Vers 1300 et vers 1355
fresque VezzolanoCe n'est pas une, mais deux peintures sur ce thème que l'on peut apercevoir à l'église Santa Maria de Vezzolano située dans le Piémont. De la première datant du début du 14e siècle (image à gauche), il ne subsiste que deux des trois vifs qui montent à cheval. Ils manifestent leurs craintes par de graves mouvements de leurs bras. Les animaux sont aussi effrayés par la rencontre. On voit les faucons s'envoler et un cheval montrer les dents.
La seconde œuvre exécutée une demi-siècle plus tard est beaucoup plus complexe. Les trois vivants et leurs montures paniquent à vue des cadavres. Il est difficile d'évaluer l'âge des vivants, mais le premier n'est certainement pas dans sa prime jeunesse. Un ermite se tient entre les deux groupes. Il tient d'une main un phylactère et de l'autre présente les morts sortant de leurs tombeaux. Deux des trois cadavres sont à des stades différents de décomposition. Le troisième étant pratiquement disparu, on peut le comparer aux autres. Derrière eux se trouve une église.

Vers 1363-1366
détail SubiacoCette rencontre de trois vifs et des trois morts de l'église Sacro Speco à Subiaco, près de Rome, a l'avantage d'être très bien conservée. On note d'abord -la présence d'un ermite qui instruit les trois vifs sur la notion de la mort. Ensuite les cadavres ne gesticulent pas, mais sont couchés dans leurs tombes et sont représentés à trois stades de décomposition différents. Finalement, les vivants sont présentés à trois âges différents. Ils ne prennent pas peur. Le premier semble écouter attentivement les propos de l'ermite, alors que les deux autres avec des faucons sur leurs avant-bras discutent entre eux. Ils ne portent pas attention aux recommandations de l'ermite.

Vers 1365
Au Campo Santo de Pise, le thème macabre de cette section fait partie d'un ensemble monumental où l'on retrouve aussi: Un Triomphe de la Mort, une Vie des Pères du Désert et aussi un combat entre anges et démons pour les âmes des morts. Malgré quelques fragments manquants à cause un incendie survenu en 1944, cette rencontre des trois vifs et des trois morts est toujours en bon état. Les spécialistes attribuent à Francesco Traini ou à Buonamico Buffalmacco la création de cette œuvre vers 1365. Le fait plus étonnant est que l'on ne décompte pas trois vifs, mais une cavalcade de vifs (dix chevaliers, dont quatre femmes plus deux écuyers qui sont à pied). Trois des personnes du groupe se situent près des cadavres et semblent discuter entre elles. Un premier pointe du doigt les morts et adresse la parole aux deux autres: une femme accablée qui incline la tête sur son épaule droite et un homme qui écoeuré par l'odeur se bouche le nez. Un autre cavalier, faucon au poing, s'approche en se haussant sur ses étriers, afin de mieux voir la scène. Cette cavalcade se compose aussi d'un chevalier barbu, d'une femme tenant un petit chien, d'une autre portant un coffret à bijoux et d'une troisième dont on ne perçoit que la tête. Deux chevaliers dont un tenant un faucon discute entre eux et ferme le groupe. Aucun des douzes personnages semblent porter attention à l'ermite qui tient un phylactère dans une main et qui de l'autre pointe son message. détail Campo SantoLes cadavres à divers stades de décomposition: corps boursouflé, décharnés et squelettiques (voir photos sur la droite) sont couchés dans leurs cercueils. Le paradoxe entre les corps pourris et la splendeur de ce groupe de nobles est frappant. Pour voir cette peinture murale dans son intégralité, cliquez ici.

Vers 1485
Sur le mur extérieur de l'oratoire des Disciplinaires se trouve outre la rencontre des trois vifs et des trois morts: une danse macabre, un triomphe de la Mort et un registre les vices et les vertus. Vous trouverez plus de détails dans la section danse macabre. Cliquez ici pour les lire.


Références
1 Florence. Biblioteco Nazionale, II.I.122, f.134v, début 14e siècle.
2Groupe de recherche des peintures murales. 2001. Vifs nous sommes... Morts nous serons. Éditions cu Cherche-Lune
3Chihaia, Pavel. 1988. Immortalité et décomposition dans l'art du Moyen-Âge. Fondation culturelle roumaine.