La danse macabre
de Clusone

danse macabre Clusone

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1996-2017 © Patrick Pollefeys

oratoire des DisciplinairesIl y se trouvait à Clusone un ordre de frères flagellants, les Disciplinaires. Leur nom provient de la discipline, un fouet qui servait à faire pénitence. La fresque de Clusone, datée de 1485, est située sur le mur extérieur de l'oratoire des Disciplinaires. Elle est attribuée à Giacomo Borlone. Elle se distingue des autres peintures murales du genre en ceci que la danse macabre est surmontée d'un triomphe de la Mort auquel on a intégré des éléments de la légende des trois vifs et des trois morts. La danse macabre proprement dite a été fortement endommagée à l'extrémité droite, probablement en 1673, lorsqu'on a ajouté une porte et un escalier à l'édifice. Environ deux siècles plus tard (en 1868), l'escalier a été retiré, laissant l'oratoire comme on le voit actuellement. En 1859, l'éditeur Giuseppe Vallardi a publié un relevé réalisé par l'artiste Giovanni Darif. Il faut croire que le début de la fresque n'était pas encore très endommagé puisque le dessin affiche les trois premiers personnages. Il se pourrait donc que ce soit le retrait de l'escalier, et non sa construction, qui ait détérioré l'oeuvre. À moins que l'artiste n'ait pris des libertés lors de l'exécution du relevé...

La danse macabre a une allure rigide, voire statique; c'est davantage une procession, qui se dirige de la gauche vers la droite Inkoo ou à Hrastovlje. La procession débutait avec trois personnages qui sont maintenant presque complètement disparus; on ne les connaît aujourd'hui que par le relevé de Giovanni Darif. Il n'y a pas de texte et les trois premiers "danseurs" ne portent aucun objet, ce qui rend leur identification difficile. Le quatrième personnage est partiellement conservé. Certaines sources avancent qu'il s'agit du magistrat. Suit un jeune homme avec un parchemin entre les mains - un lettré? Puis vient un personnage richement vêtu qui porte sa main dans une large sacoche: il s'agit probablement du marchand. Viennent ensuite un héraut et un aubergiste. Le suivant est probablement un pèlerin; on remarque bien son bâton de marche et sa besace. À voir l'instrument de mortification que l'avant-dernier personnage porte sur son épaule, on devine qu'il doit s'agir d'un flagellant. La danse macabre se termine avec une femme qui sort d'un ossuaire et se regarde dans un miroir. S'agit-il vraiment d'un ossuaire? Le lieu n'est pas rempli d'ossements, mais de femmes (voir ci-dessous)!

Détail fresque Clusone

Historiquement, les femmes venaient toujours en dernier dans les processions des Disciplinaires. Les morts encore visibles sont au nombre de huit. Ce sont des squelettes; et si la façon dont ils sont représentés est plutòt élémentaire, leurs visages expressifs montrent bien l'ironie. Cette danse macabre s'attarde à présenter des vivants qui jouaient un rôle important dans le quotidien de Clusone. Les personnalités les plus "importantes", comme le pape, l'empereur, le cardinal ou le roi, ne sont pas intégrées à la fresque.

Au-dessus de la danse macabre, on retrouve un triomphe de la Mort avec des éléments du dit des trois vifs et des trois morts. Dans la partie droite de la fresque se tiennent sur un tombeau trois squelettes. Celui du centre est la Mort triomphante: ses bras sont tendus en signe de victoire et elle tient des phylactères. À sa gauche le second Mort, munie d'une haquebute, tient en joue la foule à ses pieds. L'autre Mort tire à l'arc: il a atteint de ses flèches l'un des hommes qui se trouvent dans le registre supérieur gauche. Cette partie de la fresque représente clairement les trois vivants de la légende des trois vifs et des trois morts: des chasseurs montés à cheval, accompagnés de chiens et d'un faucon. La différence majeure est que les vivants sont attaqués par un des Morts, ce qui n'arrive pas normalement dans la légende. L'un d'eux est même tué par la Mort-archère. Dans le tombeau sur lequel se tiennent les Morts, on voit le pape et l'empereur. Autour du tombeau, divers personnages tentent de séduire la Mort par des offrandes: le moine offre une bague, le roi sa couronne, l'évêque un plateau avec des pièces d'or, etc. Au sol gisent des vivants atteints mortellement par les projectiles des Morts. Pour admirer dans son intégralité la richesse des détails du registre supérieure de cette fresque, cliquez ici. Vous pouvez consulter une analyse détaillée de cette peinture murale avec plusieurs références historiques en cliquant sur ce document. Une gracieuseté de Dott. Arch. Lorenza Martina Lòsego et Dott. Arch. Silvia Marazzi (Milan, Italie).