La danse macabre
de Tarłów

La Mort sur un chap de bataille

English version


Copyright (textes)
1996-2014 © Patrick Pollefeys

La plus ancienne danse macabre connue en Pologne se trouve dans l'église de Tarłów, sur les murs de la chapelle du Seigneur-Jésus (parfois appelée chapelle funéraire d'Olesnicki, du nom de la famille commissionnaire). Cette oeuvre en stuc datant d'environ 1655 aurait été exécutée par un artiste italien anonyme, baptisé Maître de Tarłów par les historiens de l'art. Il s'agit d'un rare exemple de représentation macabre en relief. L'oeuvre traite les deux thèmes que voici.

La Mort poursuivant les quatre âges de la vie

Les quatre figures de cette thématique sont modelées à l'intérieur du dôme. On y voit la Mort qui accompagne trois enfants avec des jouets, un jeune homme portant une fleur et défiant la fatalité du regard, un homme mûr transportant un panier de pommes (la métaphore de la récolte évoque l'automne de sa vie), et finalement un vieillard marchant avec une canne. La Faucheuse lui montre du doigt un sablier ailé.

La danse macabre

La danse macabre en stuc est répartie en divers endroits de la chapelle. Les cinq scènes les plus importantes se trouvent sur le mur sud, où elles flanquent une fenêtre. D'abord, à gauche, on aperçoit la Mort qui va soustraire un homme à sa famille en émoi. La triste messagère porte un arbre déraciné. À droite, la voilà qui distribue de l'argent à des pèlerins, pauvres ou riches. Il s'agirait de l'obole pour payer Charon, le nocher des Enfers, qui emporte dans sa barque les nouveaux trépassés.

Les trois scènes suivantes sont peintes à l'intérieur du cadre de la fenêtre, dans l'épaisseur du mur. Sur la gauche, un noble en habit militaire; sur la droite, un magnat. Ce titre était donné aux membres de la grande noblesse en Pologne, détenteurs d'une réelle puissance économique et politique, pour les distinguer de la petite noblesse. Entre les deux, tout en haut de la fenêtre (voir ci-dessus), est peint un champ de bataille. Au premier plan, un soldat affronte la Mort armée d'une lance. à leurs pieds gisent des cadavres. Au loin, la Mort joue du tambour, entraînant d'autres soldats à leur perte.

Sur le mur est se trouvent trois oeuvres où la Mort accompagne des personnages engagés dans les activités de l'église : le pasteur, le moine et le fossoyeur. Sur le mur ouest, il ne subsiste que deux des six tandems originaux, soit la Mort et le marchand ainsi que la Mort et le blessé. L'arche qui mène à la chapelle est décorée de trois figures représentant des professions artistiques : le peintre, le sculpteur et le violoniste. Un peu partout, on voit des représentations de la Faucheuse, qui prend les traits de squelettes et de cadavres.

L'artiste qui a créé ces stucs s'est inspiré par moments des simulacres de la danse macabre de Hans Holbein. C'est notamment le cas pour le soldat sur le champ de bataille, le prêtre, le moine et le marchand.


Références

Koutny-Jones Aleksandra. 2009. A Noble Death: The Seventeenth-Century Olesnicki Funerary Chapel in Tarlów. Journal of the Warburg and Courtauld Institutes (LXXII P. 169-205)
Cet article peut être lu à partir du site de JSTOR