La danse macabre
de Paris

cimetière des Innocents

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1996-2017 © Patrick Pollefeys

Selon la plupart des historiens, cette danse macabre serait l'ancêtre de toutes les autres. Sa création a débuté en août 1424 et s'est terminée l'année suivante. Elle était peinte sur le mur sud du cloître du cimetière des Innocents de Paris, le plus important charnier de la ville. En 1669, afin d'élargir une route, le mur où était représenté la danse macabre (qui était déjà fortement abîmée et avait sombré dans l'oubli) fut détruit. Les contemporains de Louis XIV n'avaient aucun intérêt pour cet art provenant d'une époque dite barbare et dépourvue de sens artistique. Heureusement, la Bibliothèque nationale de Paris nous a transmis les vers de la danse macabre dans deux manuscrits intitulés "Les vers de la danse macabre de Paris, tels qu'ils sont présentés au cimetière des Innocents". De plus, un imprimeur du nom de Guyot Marchant avait publié en 1485 la première édition de la Danse macabre avec gravures et vers, qui nous est miraculeusement parvenue en un seul exemplaire (conservé à la Bibliothèque de Grenoble). Il est presque certain que les illustrations de l'ouvrage de Marchant sont celles de la danse macabre du cimetière des Innocents, sans s'agir toutefois d'une représentation exacte. Dans le manuscrit de 1485, les colonnes séparant les groupes de figurants représentent les arches en pierre du cloître. Le médium même du livre exigeait cette séparation; le livre ne permet pas de contempler toute l'unité de la farandole, mais ne peut présenter qu'une seule image à la fois. (Ceci explique notre étonnement lorsque le sergent prononce "Je suis pris de ca et de la": on n'aperçoit pas la Mort, située à la page suivante.) Autre changement par rapport à la fresque originale: les vêtements que portent les figurants du manuscrit ont été modifiés conformément aux standards de la fin du XIVième siècle, comme il était coutume à l'époque de le faire.

La fresque du cimetière des Innocents débute avec une introduction prononcée par le récitant. Suive quatre morts musiciens (présence incertaine dans l'édition de 1485) et ensuite le début de la farandole: le pape, l'empereur, le cardinal, le roi, le patriarche, le connétable, l'archevêque, le chevalier, l'évêque, l'écuyer, l'abbé, le bailli, le maître, le bourgeois, le chanoine, le marchand, le chartreux, le sergent, le moine, l'usurier (qui est accompagné du pauvre homme), le médecin, le courtisan, l'avocat, le ménestrel, le curé, le paysan, le cordelier, l'enfant, le clerc er l'hermite. Le récitant en compagnie du roi mort conclut cette danse macabre. On remarquera qu'aucune femme ne participe à la danse et qu'il y a toujours une alternance entre un membre du clergé et un laïque (les maîtres, les médecins et les avocats étant considérés comme des cléricaux au XIVième siècle). La Mort est située à la droite de chacun des personnages à l'exception de l'avant dernière image où elle est à la gauche de l'hermite, car entre ce dernier et le clerc, il y a une Mort supplémentaire, qui s'incline et salue. Dans l'édition de 1486, Guyot Marchand a ajouté dix nouvelles figures à l'oeuvre d'origine. Il s'agit du légat, du duc, du maître d'école, du sergent d'arme, du procureur d'office, le géolier, le berger, l'halleberdier et le sot.

Les gravures de la danse macabre de Paris peuvent être admirées en cliquant sous l'un des liens ci-dessous. Elles proviennent de la seconde édition de la danse macabre des hommes de Guyot Marchand (1486).

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L'artiste qui a peint la fresque demeure inconnu. Il a fait preuve d'imagination, puisque la Mort adopte diverses postures; elle est parfois nue, d'autres fois drapée d'un linceul et elle est souvent représentée avec une faux ou bien une lance, une pelle ou encore un morceau de bois (pour la fabrication d'un cercueil? d'une croix?). La Mort est toujours peinte sous la forme d'un corps décharné, sauf lorsqu'elle est couplée avec le cordelier; il n'est pas peint qu'un simple crâne, mais un visage d'homme.

Le texte de la danse macabre est généralement attribué à Jean Gerson. Cet auteur est un pessimiste; pour lui, l'homme est une créature vaniteuse dont le coeur est noir et rempli de péchés. Par les vers, on perçoit tous le cynisme de Gerson. La mort s'adresse au patriarche en lui indiquant: "Jamais tu ne seras pape à Rome". La Mort se moque de l'abbé: "Le plus gras pourrit plus tôt", ainsi que du médecin qui est incapable de se guérir lui-même. Aucun figurant ne trouve faveur auprès de l'auteur, si ce n'est l'enfant, le chartreux et le Franciscain.

On retrouvait aussi sur le portail de l'église des Saints-Innocents, un Dit des trois morts et des trois vifs que le duc de Berry fait sculpter en 1408. On en possède aucun témoignage à l'exception d'une gravure du Guyot Marchand parue pour la première fois dans l'édition de 1486. Pour voirs les deux gravures de ce Dit, cliquez ici.